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5 juillet 2008


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Dépaysement assuré pour Eliana Santos



Publié le:  08 février 2007

Sous ses cheveux de geai, Eliana Santos cache des yeux rieurs, avides de s’imprégner ce monde nouveau qu’elle découvre un peu plus chaque jour. Il y a six mois, elle n’avais jamais quitté sa Bolivie natale, jamais pris l’avion, jamais vu la mer (elle la verra pour la première fois à Mers-Les-Bains...). Dans son pays, elle exerce une double activité. Elle tient le commerce de sa maman et elle étudie. De brillantes études de linguistique qui lui ont d’abord permis d’apprendre parfaitement l’anglais puis de découvrir le français. C’est d’ailleurs sa professeur de Français à l’université de La Paz qui l’informe de la possibilité de faire un stage en France. Fin 2005, elle prend contact avec les services de l’Alliance Française à La Paz et avec l’ambassade. On lui fait passer des tests pour connaître ses motivations. Les tests sont réussis et un jour l’heureuse nouvelle arrive. Eliana va pouvoir partir pour la France. Il lui reste à trouver le budget pour le voyage et pour disposer d’un peu d’argent à son arrivée en France. Il faut savoir que le prix d’un billet d’avion aller-retour La Paz - Paris est de l’ordre de 1200 euros alors que le salaire moyen en Bolivie est l’équivalent de 52 euros par mois. Son papa qui avait prévu de donner à chacun de ses enfants un bout de terrain est contraint de vendre celui destiné à Eliana. La générosité de la famille et des amis aidera à boucler le budget.

La jeune femme quitte La Paz et ses 4100 mètres d’altitude pour Paris, la ville lumière, “la tour Eiffel” précise -t- elle dans un grand sourire. Elle n’y restera pas longtemps. Parce qu’elle craint la chaleur, au moment du choix de son académie de destination, elle avait demandé une région du nord de la France. Ce sera Rouen ou plus exactement la Ville d’Eu. Oui mais voilà, EU, elle n’imagine même pas que cela existe, elle pense que ce n’est qu’un préfixe et à Rouen, elle cherche “Eu la rue de la République”. Une bonne âme lui permet de téléphoner au lycée Anguier et c’est ainsi qu’elle découvre qu’elle a encore 90 kilomètres à faire. Retour à la gare mais Eliana s’endort et rate son train. Elle en prend un autre et se retrouve à Poix de Picardie. “J’ai dormi dans une petit cabane et ce n’est que le lendemain matin que j’ai pu enfin arriver à la ville d’Eu.” Exténuée mais rassurée, elle va pouvoir loger dans l’un des appartements du lycée pour un loyer modéré. Il faut dire qu’il ne lui reste plus que 130 euros en poche et qu’il lui faudra attendre novembre pour toucher son premier salaire d’assistante. Heureusement elle va s’apercevoir que la tradition d’accueil de la France n’est pas un mythe. Il faut dire que sa gentillesse et son sourire lui ouvrent bien des portes : “Carole, Marie, Irène et Laurence, les professeurs d’espagnol du lycée se sont réellement bien occupés de moi et m’ont beaucoup aidée. Heureusement sinon cela aurait été très dur. Mais grâce à Dieu je suis arrivée dans un pays, dans une ville, dans un lycée où l’on m’a très bien accueillie”.

Avec les élèves, tout se passe bien. Elle les trouve à la fois plus sages que les jeunes boliviens, mais également plus critiques : “quand ils ont un avis différent, ils le défendent jusqu’au bout”.

Eliana leur explique la Bolivie, ce pays d’Amérique du sud qui n’a plus aucune frontière maritime depuis une guerre avec le Chili. Un pays de montagne où la population, pour moitié catholique adore également Tata Inti, le Dieu Soleil et Pacha Mama, la terre. On y mâche les feuilles de coca, les enfants y travaillent parfois très jeunes comme cireur de chaussures ou pour vendre des tickets de bus. La nourriture que l’on y mange est beaucoup plus épicée : “en arrivant en France, j’avais l’impression de manger la nourriture que l’on donne chez nous aux malades dans les hôpitaux explique-t-elle dans un éclat de rire”.

Eliana est avide de découverte. De découverte de notre région qu’elle arpente en marchant régulièrement avec son amie Carole au sein du club de Beauchamps, de découverte de Paris (“je suis montée au deuxième étage de la Tour Eiffel, c’était merveilleux de pouvoir réaliser ce rêve d’enfant”). Elle est allée passer quelques jours en Suisse et se rendra peut-être à Vienne en Autriche pendant les prochaines vacances scolaires. .

Dans quelques semaines, le 30 mai, Eliana Santos regagnera la Bolivie. Heureuse car sa famille lui manque (“en Bolivie, nous sommes très attachés à notre famille”) mais également un peu triste à l’idée de quitter la ville d’Eu, son lycée où élèves , professeurs et encadrement l’ont tellement bien adoptée. Professeur d’anglais ou de français, ou bien traductrice, elle gardera la ville d’Eu dans son coeur et pourra désormais expliquer à ses élèves qu’EU, ne représente pas seulement les initiales de Etats Unis ou d’Europe Unie mais que c’est également le nom d’un charmant “petit trou normand en deux lettres”.

JP Vaneck

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